Une séance de spiritisme
Cela se passait il y a plus de 20 ans...déjà.
Nous étions une bande d’adultes en formation dans un centre AFPA. Un jour, la conversation tourne sur les sujets occultes, spiritisme en tête. L’un d’entre nous, Guy, nous appris alors qu’il avait déjà participé à de nombreuses séances de spiritisme avec un ami, et qu’il en avait lui-même organisé.
Il n’a pas fallu longtemps pour que nous décidions d’en organiser une. Le rendez vous fut pris pour le vendredi soir suivant. Nous allions être une douzaine.
Le jour dit, après les cours, nous nous sommes mis en procession, et, en voiture, nous avons suivi l’organisateur de la soirée. Aucun de nous ne connaissait la destination. Après 45 minutes de trajet, nous sommes arrivés dans un endroit plutôt retiré, légèrement en hauteur. Une petite chapelle abandonnée nous attendait. Devant notre surprise, Guy sourit, et sorti les glacières contenant notre pique-nique, des couvertures...et un carton rempli de cierges, d’encens et de quelques verres à pieds en cristal.
- " Ma femme ne sait pas que je les ai pris. On a intérêt à y faire gaffe ! "
Le pique-nique terminé, nous nous sommes dirigés vers la chapelle. Il faisait nuit noire. Un Treizième convive venait de se joindre à nous. L’ami de Guy, le spécialiste en séances de spiritisme. Nous ne le connaissions pas, mais cela nous a rendu méfiants.
Après quelques minutes de préparatifs, tout était prêt : l’encens brûlait sur l’hôtel, quelques cierges étaient allumés, et deux tables étaient prêtent. Sur les deux, on avait disposé les 26 lettres de l’alphabet, en cercle, ainsi que les 10 chiffres. L’idée que dans quelques minutes un esprit allait s’en servir pour communiquer avec nous rendait notre groupe plutôt hilare, mais surtout sceptique. Nous suivions une formation d’informatique, et avions pour la plupart un esprit logique et rationnel.
C’est alors que la porte de la chapelle s’est refermée en claquant. Nous nous sommes regardés très inquiets. Pas du tout parce que la porte s’était fermée toute seule, mais parce que nous ne savions pas si on pouvait l’ouvrir de l’intérieur, et que personne ne savait ou nous étions !
Fort heureusement, elle s’ouvrait. Nous avons alors démarré la séance. Je me suis retrouvé à la table du maître de cérémonie, et de son ami. Il n’y avait que des stagiaires sur l’autre table, et c’était une erreur : ils n’avaient aucune expérience. Nous avons tous posé un doigt sur le verre à pied, et Guy a commencé à parler, en demandant aux esprits de se manifester. 5 ou 10 minutes se sont passées, avant que le verre ne frémisse. Puis, le frémissement se transforma en mouvement. Lentement, le verre traversa la table de part en part, avec nos doigts toujours posés dessus.
L'excitation montat d'un cran.
Puis, au fur et à mesure que les minutes passaient, le verre prit plus de vigueur. Il commença à faire des cercle complets. Puis, il accéléra. Puis, il accéléra encore. Il traça des cercles de plus en plus rapides, à tel point que je finis par lâcher prise. Un moment d’inattention sans doute. Il restait 6 doigts sur le verre, et leurs propriétaires étaient très concentrés.
Le verre ralentit. Mon index repris sa place.
Nous avons alors tenté de poser des questions. Ce fut peine perdue. A chaque question, le verre désignait alternativement une lettre, un chiffre, une lettre, un chiffre... Guy nous dira par la suite que c’était le signe d’un esprit qui ne voulait pas communiquer. Le seul moment ou le verre cessa son manège, ce fut pour former "C - O - N"
Puis, nous avons commencé à faire quelques expériences. Chacun d’entre nous, à tour de rôle, retira son doigt. Ceci pour voir les effets sur la force et la vitesse du verre. Guy retira son doigt : rien de notable ne se passa. Je retirais à mon tour mon doigt : aucun effet sur le verre. L’ami de Guy retira son doigt, et, comme je m’y attendait, le verre ralentit. Mais il continua à tourner à mi-vitesse.
- "Il y a un autre médium parmi nous" dit Guy.
Deux stagiaires purent aussi retirer leur doigt sans ralentir le verre. La dernière stagiaire, l’une des plus sceptiques retira à son tour le doigt, et le verre ralentit à nouveau de moitié. Pour elle, la surprise était totale !
Suivirent un certain nombre de combinaisons : A deux, à trois, à quatre, avec médium, sans médium...
J’essayais aussi de simuler une tricherie. Je me mettais dans la peau d’un simulateur, et j’essayais de faire tourner moi-même le verre avec mon doigt. A deux, je pouvais le faire avancer, mais pas reculer ni tourner. A partir de trois, je ne pouvais plus rien faire. Ma seule explication venait de tomber à l’eau. Je refis un essai à deux, sans tricher, avec mon amie stagiaire, promue médium depuis une heure. Le verre bougea à nouveau. Le doute n’était plus permis...
La soirée se termina. J’étais venu chercher des réponses, je repartais avec des questions.
Qu’est-ce qui faisait tourner le verre ?
Pourquoi aucun scientifique n’a-t-il jamais fait cette expérience simple, reproductible ? Sont-ils tellement sûrs d’eux ? Ou seulement trouillards ?